Modes de travail : entrons-nous dans une nouvelle ère ?

26 février 2019

S’adapter, modifier nos modes de travail pour appréhender la complexité.

Par Mélanie Poulain

Nous vivons une période d’accélération, de transformation, de rupture inouïe ; mélange de crises (économique, idéologique, écologique, sociétale…) et d’opportunités induites. « Dans la longue histoire du genre animal, ce sont ceux qui ont appris à collaborer et à improviser efficacement qui l’ont emporté » Charles Darwin. S’adapter, pour survivre ! Ou, pour reprendre Darwin, collaborer & improviser.

Ainsi, les nouveaux modes de travail – modèles collaboratifs, communautés apprenantes, management participatif, leadership responsabilisant… – ne répondent pas à une mode passagère mais bien à une (r)évolution profonde.

Pourquoi ?

Les pyramides, qui ont régi le monde occidental moderne depuis la Renaissance ne constituent plus une réponse appropriée car leur vitesse de réaction est trop lente. Comment croire encore qu’une seule tête omnisciente puisse absorber la densité d’information de notre monde actuel, prendre des décisions éclairées et quasi en temps réel ?

Nos organisations font l’expérience des limites de ce modèle : réunions goulets d’étranglement, powerpoints fleuve et executive summary en surenchère, délais de décision inadaptés, désengagement des collaborateurs «infantilisés» et en recherche d’autonomie.

Les digital natives, fameux «Y» puis «Z», nés dans un monde où tout en réseau, où la hiérarchie n’est qu’une réminiscence de l’ancien monde, où le statutaire n’a pas légitimité, où le «maître et l’élève» ont ajusté leur rapport, notamment aus avoir, sont entrés massivement dans l’entreprise et, s’ils ne réussissent pas à en casser les codes, préfèrent la quitter (quand ils le peuvent), refusant servilité ou rapport sacrificiel au travail.

En France, chez les 15-24 ans, la probabilité d’une rupture avant le premier anniversaire du CDI atteint 45,6% contre moins de 35% pour les autres classes d’âge, avec comme 1er motif, la démission [Source Dares Dares Analyses, 2015]. Et l’on voit fleurir des concepts de QVT (Qualité de Vie au Travail), bien-être voire bonheur au travail, au service d’une marque employeur en recherche d’attractivité…

L’automatisation, la robotisation, l’intelligence auxiliaire (spéciale dédicace à Joël De Rosnay pour ce nouveau nom de baptême à l’intelligence artificielle) remplacent progressivement les postes répétitifs, processés ou reproductibles (y compris des postes qualifiés qu’on croyait protégés, tels juristes, notaires…). Les compétences recherchées sont alors éminemment plus constitutives de notre nature humaine : intuition, empathie, créativité…

Or, ces compétences sont activées, stimulées, par des contextes ouverts, libres et responsabilisant. Lire à cet effet La vérité sur ce qui nous motive, de Dan Pink, qui illustre, sur des bases statistiques, à quel point la créativité est étroitement liée à la motivation intrinsèque, au plaisir.

Le contexte d’hyperconcurrence et de volatilité des clients impose aux acteurs historiques de réinventer leur offre de valeur, de délivrer souvent, d’être au plus près du besoin. Ou la vitesse et l’apprentissage (boucles de feedbacks) comme tactique obligatoire.

Et très certainement bien d’autres causes de mutation…

Alors, on fait quoi ?

Plusieurs natures de réponses pour permettre d’accélérer la prise de décision, de redonner du pouvoir (empowerment) au collaborateur, de mesurer les attentes, aspirations des clients, de créer les conditions de la créativité, de fertiliser l’initiative, d’installer un climat de confiance favorable à l’audace.

En vrac, et sans hiérarchie (naturellement), voici un florilège de démarches/pratiques, poreuses entre elles,susceptibles de servir cet enjeu de transformation.

Avec un conseil à la clé : piochez dans chacune pour construire un dispositif multi-facettes et adapté à votre organisation.

Pratiques collaboratives et management participatif (inspirées des méthodes agile, lean, du théâtre d’improvisation, des pédagogies alternatives, des colonies de vacances…) autant de canevas, permettant de maximiser l’intelligence collective, d’amener un groupe à produire le livrable escompté dans le délai imparti, de distribuer la parole, de susciter plus d’échange et de créativité.

A chaque besoin, des pratiques adaptées : générer de la cohésion, réaliser une rétrospective, rechercher des solutions, partager une vision, prioriser…

Pour les collaborateurs BPCE (et [BREAKINGNEWS] bientôt, sous creative commons, pour tous), n’hésitez pas à visiter le portail Mytoolkif.89c3 pour consulter les fiches pratiques, télécharger les outils/canevas associés… et faciliter vos ateliers de travail !

Observation, empathie,boucles de feedbacks, prototypage itératif. 

Inspirées du design, du lean startup, ces pratiques réinstallent l’usager au centre de la création de valeur : interviews usagers, planches de tendances, pratiques d’empathie, jeux du client mystère, observation et living labs, communautés de clients et prospects, focus groups…

Tous les moyens sont bons pour sécuriser l’adéquation de nos réponses à des peines vérifiées.

Modèles alternatifs d’organisations (systèmes holacratiques, modèles «Opale» (lire Frédéric Laloux, Reinventing Organizations), leadership responsabilisant, entreprise libérée et autres selfmanagement…). L’émergence de ces modèles correspond au besoin de restaurer un libre-arbitre au collaborateur, en supprimant une hiérarchie trop contrôlante au profit d’équipes auto-organisées, où la prise de décision est décentralisée au maximum.

Open innovation, partenariats, co-opétition… pour ouvrir les frontières de nos organisations, augmenter l’impact de nos réponses, unifier le parcours utilisateur, en créant des synergies hier improbables.

Gamification, Nudge…, ou distiller du fun, du plaisir pour transformer durablement les comportements et créer des parcours émotionnellement positifs.

Co-développement, co-learning, co-apprenance, et tout modèle qui permet de faire de l’entreprise une école permanente.

Nous sommes entrés dans l’ère du co, de la désobéissance responsable, de la transgression transformatrice, l’ère de la « page blanche ».

A vous d’écrire la vôtre…

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